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Le général Winfield Scott

Publié le par Olivier Millet

Le général Winfield Scott

Winfield Scott fut sans conteste une des plus grandes figures militaires américaines du 19ème siècle. Héros de la guerre de 1812, il devint par ses succès dans la campagne du Mexique une nouvelle icône dont la renommée a failli lui ouvrir les portes de Washington.

Né en Virginie, comme de nombreuses grandes figures américaines, de Washington à R.Lee, W.Scott étudia le droit et commença une carrière d'avocat avant de rejoindre l'armée peu avant la guerre de 1812.

En 1808 il est affecté dans l'artillerie et devient capitaine dans le prestigieux régiment de la light artillery, régiment d'artillerie à cheval, unique dans l'armée américaine. Malheureusement le caractère irascible de Scott va très tôt se manifester et ce dernier va s'accrocher avec son supérieur le général Wilkinson ce qui va compromettre un temps sa carrière. Il passe en cours martiale pour insubordination et rejoint en 1811 l'état-major de Wade Hampton autrement plus capable que Wilkinson.

Nommé lieutenant-colonel, il reste dans l'artillerie et commande en second le 2nd US artillery regiment. Il participe activement à la bataille de Queenston Height où il est fait prisonnier. Il fait connaissance avec l'arrogance britannique qui condamne à mort 13 autres prisonniers d'origine irlandaise et considérés comme des traîtres par les Anglais. Scott, révolté par cet acte de barbarie voudra se venger dès qu'il en aura l'occasion. Echangé contre d'autres prisonniers il est relâché mais une fois revenu à Washington il exige des mesures de représailles sur des prisonniers anglais. Mesure qui ira jusqu'au vote du sénat mais sera refusée par le président Madison. On pourra apprécier combien il aura changé d'avis une fois que ses troupes à Mexico auront capturé des soldats du bataillon San Patricio ; il se montrera sans pitié et exécutera à son tour des prisonniers irlandais, un terrible et cynique rebondissement de l'histoire.

Nommé Colonel, il planifie l'attaque sur Fort George en 1813 et, enfin, il est nommé général de brigade en 1814 à 27 ans. Il va dès lors faire entrer l'armée américaine dans une de ses périodes les plus glorieuses. Durant la campagne du Niagara, en 1814, il va entraîner quotidiennement sa brigade selon un règlement français et la mener contre les Anglais à la bataille de Chippawa le 5 juillet 1814. La brigade de Scott, telle qu'elle est entrée dans la légende, habillée de gris, va balayer les vétérans anglais et faire de Scott un héros militaire. La suite de la campagne se passe moins bien et Scott est blessé lors de la bataille de Lundy'Lane.

Nommé au grade de Major général, pour son comportement à Lundy 'Lane, Scott est trop grièvement blessé pour continuer dans le service actif. De par son entraînement et ses résultats spectaculaires, il est nommé responsable de l'entraînement de l'armée après la guerre. Il effectue plusieurs visites en France où l'art militaire, hérité de Napoléon va continuer à avoir une grande influence sur lui. Il reprend du service lors de la guerre contre les tribus Séminoles et commande les forces américaines en 1836 lors de ce conflit. Il est chargé de régler le problème Cherokee en 1838 et par des moyens abusivement violents, il force la nation Cherokee de Géorgie à emprunter la piste des larmes au prix de 4000 morts indiens.

En 1840 après avoir désamorcé la crise canadienne connue sous le nom de guerre Aroostook, Scott écrit un livret de règlement et de manœuvre militaire qui devient l'exercice standard de l'armée américaine. En 1841 en tant qu'officier général le plus ancien il prend le commandement de l'armée des États-Unis.

La guerre avec le Mexique éclate et Scott prend le commandement direct de l'armée du Sud pendant que Zachary Taylor prend celui de l'armée du Nord. Il laisse la vedette au général Taylor qui, en trois batailles, écrase les Mexicains mais s'attire les foudres de Washington lorsqu’il négocie avec eux après la bataille de Monterrey. Polk ulcéré par l'abus de pouvoir dont a fait preuve Taylor décide de tout miser sur Scott quant à la poursuite des opérations et relègue Taylor à un rôle subalterne d'appui. Scott prend donc le commandement de la force principale américaine qui doit prendre Mexico.

Son plan est simple, il va débarquer à Vera Cruz et emprunter la route la plus directe vers Mexico. Vera Cruz deviendrait sa base opérationnelle arrière. Le débarquement, premier du genre pour l'US Army est un succès et la plus grande armée américaine jamais rassemblée, 12000 hommes, prend la route de la capitale Mexicaine.

Scott va multiplier les batailles contre Santa Anna et faire une manœuvre brillante à Cero Gordo. Il contourne l'armée ennemie et la prend à revers puis l'écrase. Cette manœuvre, modèle du genre sur ce théâtre, démontre les capacités tactiques de W Scott surtout en comparaison des attaques frontales de Taylor. Arrivé à Mexico, il effectue encore un habile contournement par le sud trompant Santa Anna et l'obligeant à se repositionner en catastrophe. Les batailles de Contreras et Churubusco sont des succès coûteux en hommes mais permettent à Scott de s'établir solidement en vue de l'assaut final. Berné par Santa Anna qui négocie afin de gagner du temps, il décide d'attaquer le point le plus fortifié de la ville contre l'avis de son état-major, inquiet des pertes que cela coûterait à l'armée. Scott attaque Molino Del Rey et enfin la forteresse de Chapultepec et parvient à entrer dans la ville. Les Halles de Montezuma tombent au pouvoir des Américains. C'est lors de cette dernière attaque que seront pendus une partie des déserteurs irlandais du San Patricio, entachant à jamais la réputation de Scott. Heureusement une fois la paix revenue il se démarquera comme un bon gestionnaire de la ville de Mexico le temps de l'occupation américaine. Vaniteux, irascible Scott cumulait les défauts de comportement ce qui lui vaudra beaucoup d'ennemis tant militaires que civils et particulièrement le président Polk inquiet pour les élection de 1848. Ce dernier savait combien les généraux victorieux sont de dangereux adversaires lors des élections présidentielles.

Sa victoire au Mexique lui vaudra un compliment de Wellington qui dira de lui qu'il était le plus grand général vivant de son temps. La vie politique de Scott minée par les querelles au sein du parti Whigs ne lui permit pas d'accéder à la plus haute fonction de l'état car Taylor lui ravit la place en 1848 et en 1852 il fut difficilement investi candidat pour le parti Whigs, ses positions contre l'esclavage lui valurent l’hostilité des membres des états du sud et la défaite à l'élection de 1852.

Par décision du Congrès en 1855, Scott fut nommé au rang de lieutenant général ce qui fit de lui le seul officier après Washington, lui-même, à porter ce titre. A 74 ans le vieux général n'en avait pas fini, la guerre de Sécession éclata et Scott demeurait le général en chef des armées de l'Union. Malade et se déplaçant difficilement, il planifia le plan Anaconda qui visait à asphyxier le Sud mais laissa le commandement au général Mc clellan. Après la victoire du Nord, Scott mourra le 29 mai 1866 à West Point.

Surnommé "Old Fuss and Feathers" "vieux décorum emplumé" par ses hommes au Mexique, le général Winfield Scott demeure l'un des très rares généraux à avoir participé à trois guerres majeures durant 53 ans de service. A la fois tacticien, stratège, il a écrit avec ses hommes quelques-unes des plus glorieuses pages de l'histoire de l'armée américaine. Son caractère fit qu'il n'était pas spécialement apprécié de ses hommes à la différence du général Taylor ou surtout de Robert Lee, mais il fait partie des plus grands généraux que l'armée américaine ait connus dans son histoire et son talent fut reconnu de son vivant par ses amis comme par ses ennemis.

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