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L'infanterie de ligne mexicaine (2)

Publié le par Olivier Millet

L'infanterie de ligne mexicaine (2)

La plupart des hommes qui composaient l'infanterie mexicaine étaient d'origine paysanne. Les professions de la classe moyenne, les prêtres, les juristes... étaient exemptées de service. La conscription, qui touchait tous les hommes valides de 18 à 40 ans, impactait essentiellement la population pauvre : les paysans (péon) , les ouvriers... Ces soldats étaient, en outre, méprisés par leurs officiers, issus des classes supérieures, et qui en temps normal côtoyaient ces hommes dans leur plantations, leurs champs, leurs haciendas. La corpulence moyenne de ces hommes était inférieure à celle des Américains et était due au régime mexicain traditionnel à base de maïs plutôt que de viande. Outre le milieu social, défavorisé, il n'était pas rare que les hommes aient des dialectes différents au sein des régiments en fonction de la région ou de la tribu indienne d'où ils venaient, même si les régiments étaient formés dans un district précis depuis la loi sur l'organisation régimentaire de mars 1839.

Cette loi stipulait la provenance pour la formation de chacun des 12 régiments de ligne par l'amalgame d'anciennes unités.

Ainsi par exemple le 4éme régiment avait été formé par les "Activos" la milice de San Luis, le 6éme régiment provenait de Mexico tandis que le 10éme du Yucatan. La solde, quand elle était versée au soldat, lui donnait 20 pesos par mois environ moins le nécessaire pour s'habiller. La paye est différente en fonction du grade bien sûr mais aussi de son corps ou compagnie d'origine, un grenadier touche 26 pesos quand un rifle en perçoit 25 et un simple fusilier 14...

Ci-dessous la liste des régiments, leur nom et leur unité ou lieu de formation d'origine

1er Regt (Morelos) formé par milice de Guadalara

2éme Regt (Hidalgo) formé à Très Villas

3éme Regt (Allende) formé par milice de Querétaro

4éme Regt (guerrero) formé par milice de San Luis Potosi

5éme Regt ( Aldama) formé par milice de Mexico

6éme Regt (Jimenez) formé par force publique de Mexico

7éme Regt (Matamoros) formé par milice de Puebla

8éme Regt (Landero) formé au Yucatan

9éme Regt (Abasolo) formé par milice de Chiapas

10éme Regt (Galeana) formé par milice du Yucatan

11éme Regt (toluca) formé par milice de Mextitlan

12éme Regt (Tlaxcala) formé par milice de Mexico

Si un homme ratait 4 fois l'appel il était considéré comme déserteur ; le taux de désertions était fort à cause des mauvais traitements et des conditions de vie difficiles ou tout simplement parce que la paie ne venait pas. Les punitions variaient en fonction du nombre de fois où le soldat désertait : paye suspendue, prison et engagement forcé de dix ans, 15 ou plus dans des garnisons de plus en plus difficiles. En temps de guerre, déserter avec son arme signifiait la plupart du temps la peine capitale. Les Américains ne furent pas mieux lotis et eurent de nombreux déserteurs, les peines étaient à peu de chose près les mêmes dans les deux camps.

Chaque régiment recevait en outre un uniforme qui lui était propre, bien que la base de la tenue soit la tunique et le pantalon bleu turquin. (voir planche). Le règlement pour la confection et l'ordonnance de ces tenues datait du 10 juillet 1839 modifié en 1840 puis 1842. Bien que le Mexique ne possédât pas de fabriques d'armes il avait tout de même de quoi confectionner des uniformes, mais les aléas de la logistique et les très grandes distances entre les centres de production et le front firent que très rapidement les hommes n'eurent plus que des tenues disparates plus ou moins en accord avec le règlement quand ce n'était pas des haillons. Le manuel d'entraînement fut remplacé en 1835, puis 1843 par un manuel mexicain écrit par un capitaine d'état-major. Enfin en 1844, un lieutenant-colonel adapta le règlement français de Pinette de 1836. Ce règlement ajoutait des formations et manœuvres donnant plus de flexibilité au combattant notamment dans le maniement de la baïonnette au travers de 22 positions basiques. La transmissions des ordres se faisait très souvent par clairon dans l'infanterie en plus des tambours et ce depuis 1825. La sonnerie la plus connue de l'armée mexicaine est "le Deguello" ; il est joué avant la bataille pour avertir l'ennemi qu'aucun quartier ne lui sera fait (tradition héritée des Espagnols qui l'ont eux-mêmes hérité des guerriers Maures).

De manière générale les recrues n'étaient pas très bien formées. Leur armement désuet et leur mauvaise poudre n'arrangeaient rien. Cette poudre utilisée était de mauvaise qualité et les soldats utilisaient des balles avec une charge supérieure à la normale pour contrer la baisse de portée. Au combat cette charge faussait la hausse du tir car les soldats tiraient trop haut à cause du recul supérieur et leurs balles sifflaient au-dessus des têtes de l'ennemi.

L'infanterie était le reflet de l'état déplorable du pays; Ses soldats étaient pauvres et mal équipés mais, Il demeure que, hormis les plus jeunes, ses hommes étaient expérimentés. Le Mexique traversant des phases politiques particulièrement instables et changeant régulièrement de gouvernement, son armée fut impliquée dans de multiples révoltes, soulèvements populaires et même des guerres. Contre le Texas en 1836, tout d'abord, où elle subit une terrible défaite à San Jacinto, puis contre la France en 1838 où elle dut affronter l'armée de Louis Phillippe venu réclamer son dû durant la guerre des "pâtisseries", puis encore une fois l'armée texane dans une guerrilla le long de la frontière où à San Antonio en 1842.

Comme le dira plus tard Ulysse Grant en parlant des soldats mexicains :

"ces hommes ont fait parfois preuve de la plus belle résistance qu'il m'ait été donné de voir chez des soldats "

L'infanterie de ligne mexicaine (2)

Les planches:

Les 11 régiments suivants sont représentés dans le règlement 1840, seul le 11éme régiment a eu un rectificatif en 1842 pour changer sa veste et son pantalon bleu turquin en tunique blanche et pantalon rouge. Le 7éme régiment est le seul à ne pas posséder de revers de poitrine.

Les shakos sont de plusieurs types et ne sont pas propres à un régiment, le modèle le plus courant était le fût tronconique de 7 pouces de haut. Les plaques de shako pouvaient également varier, le plus souvent il s'agissait d'un aigle entouré de lauriers avec le numéro du régiment en-dessous. Le plumet pouvait être un pompon rouge ou vert ou bien un plumet en hauteur plus classique.

Le numéro du régiment était brodé sur le col dans le même sens à droite et a gauche. Les baudriers étaient principalement blancs mais pouvaient être aussi noirs comme ceux de l'infanterie légère. Ces baudriers possédaient ou non une plaque de poitrine sur laquelle la plupart du temps était gravé le numéro du régiment.

Chaque soldat emportait une baïonnette et un petit sabre, une gourde en bois ou en coloquinte, une giberne en cuir noir, blanc ou marron. Le pantalon était blanc en été et bleu le reste de l'année. La tenue blanche était portée dans les zones désertiques et était plus légère. Les capotes pouvaient être grises ou bleues. Les hommes portaient aussi des bonnets de police d'inspiration française, espagnole ou américaine.

Les couleurs pour les ornements étaient : bleu ciel, chamois, cramoisi, rouge profond, blanc et vert. Il ne semble pas que les tambours aient porté une tenue particulière, les compagnies de flanc se distinguaient par le port de lacets supplémentaires sur les manches et parfois des plaques de shako, giberne et ornement de retroussis en forme de grenade ou de cor.

Le Deguello, la sinistre sonnerie mexicaine annonçant à l'ennemi qu'il n y aura pas de prisonniers

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